Les mains de la « momie » Maria sont-elles humaines ?

 

Introduction

Dans un article publié sur internet [1], un paléontologue du web affirme que les mains du spécimen de Nazca appelé Maria, seraient les produits d’une manipulation frauduleuse, réalisée à partir de mains humaines. Sans avoir pratiqué le moindre examen clinique, ce dernier ajoute que « tout le squelette de la momie présenté par Maussan est absolument identique à un squelette humain. Et, s’il peut être prouvé que les mains et les pieds ont été modifiés, il n’est pas légitime de continuer de déclarer que cette momie relève d’une espèce non-humaine, puisque le squelette est celui d’un être humain. »

Son explication est rappelée ci-dessous :

Transformation d’une main humaine

Il suffit de sectionner les doigts latéraux d’une main humaine pour obtenir une main à trois doigts. Ensuite, la peau entourant les métacarpes, est retirée (Fig. 1). Ce qui permet de déguiser les métacarpes et de les faire passer pour des phalanges.

Main humaine

Figure 1 : Main humaine.

Voici le résultat de cette opération (Fig. 2).

Main humaine modifiée. En pointillé orange, la forme extérieure de la « main originale ». En trait plein bleu, la forme extérieure de la « main modifiée ».

Figure 2 : Main humaine modifiée. En pointillé orange, la forme extérieure de la « main originale ». En trait plein bleu, la forme extérieure de la « main modifiée ».

Étude de la main de Maria

Notre démonstration s’appuie sur les images des fichiers DICOM obtenus grâce aux scanners du Docteur Raymundo Salas Alfaro de Cusco et sur les examens cliniques qui ont été réalisés par plusieurs experts dans le domaine médical.

Nous préciserons que les mains desséchées et rigides de Maria sont plaquées contre le corps et ne peuvent pas être mises à plat.

Il n’est donc pas possible :

  • de réaliser des radiographies et des scanners des mains « seules », parce qu’il est impossible de glisser une plaque réfléchissante entre les mains et le corps.
  • les mains n’étant pas à plat et les images étant des représentations en 2 dimensions d’un espace en 3 dimensions, les effets de perspective peuvent modifier la perception des dimensions réelles des différents éléments.  En particulier, celles des phalanges.

En premier lieu, voici une vidéo issue des dossiers DICOM (Vid. 1) : un parcours axial de Maria au niveau de la main droite. On observe tour à tour les phalanges, du poignet jusqu’au bout des doigts.

Vidéo 1 : Main droite de Maria, coupe axiale.

A partir des images de chaque phalange, nous avons créé une image composite de l’ensemble des phalanges (Fig. 3).

Figure 3 : Image composite réalisée à partir d’images extraites de la vidéo 1.

Si, comme le précise le détracteur-paléontologue, la phalange P1 était le métacarpe d’un doigt humain plutôt que la phalange proximale du doigt d’une espèce inconnue, alors cette main comporterait seulement quatre phalanges.

Or les scanners sont sans appel, les doigts sont composés de cinq phalanges.

D’autre part, ces phalanges sont toutes proportionnelles aux phalanges précédentes, à la taille des mains et aux phalanges des autres doigts. Et tout cela sans évoquer la symétrie de ces phalanges par rapports à celles des mêmes doigts que comporte la main opposée.

De plus, une règle incontournable lui a visiblement échappé : quelque puisse être la taille d’une main humaine, la proportion des différents os qui la composent est toujours la même. La longueur de chaque os de l’ensemble métacarpe / phalanges d’un doigt d’une main humaine est régie par la relation suivante : depuis la phalange distale, la longueur d’une phalange ou métacarpe est égale à la somme des longueurs des deux phalanges précédentes (suite de Fibonacci) [2,3]. Cette relation est globalement basée sur le nombre d’or : 1,618 (Figure 4).

Longueur de la phalange proximale = Longueur du métacarpe / 1,618
Longueur de la phalange intermédiaire = Longueur de la phalange proximale / 1,618
Longueur de la phalange distale = Longueur de la phalange intermédiaire / 1,618

Le nombre d’or régit la relation de la longueur des différents os d’une main humaine.

Figure 4 : Le nombre d’or régit la relation de la longueur des différents os d’une main humaine.

Cela permet l’enroulement des doigts par la longueur relative des différentes parties. [4]

Main humaine - AnnulaireDoigt "intérieur" Maria
Longueur en mmLongueur en mm
Métacarpe70Phalange 1 P157
Phalange proximale P14370/43 = 1,63Phalange 2 P24057/40 = 1,43
Phalange intermédiaire P22343/26 = 1,65Phalange 3 P33040/30 = 1,38
Phalange distale P31623/16 = 1,63Phalange 4 P42030/20 = 1,50
Phalange 5 P51120/11 = 1,81

Table I : Longueurs et proportions des différents os de l’annulaire d’une main humaine et du doigt « intérieur » de la main de Maria.

Nous constatons dans le Tableau I que le rapport entre la longueur d’un élément et celui qui le suit, dans le cas d’une main humaine, est relativement constant et approche le nombre d’or. Or dans le cas de la main de Maria, cette relation n’est pas respectée, ce qui interdit toute tentative sérieuse de rapprocher l’anatomie osseuse de la main de Maria d’une main humaine. (Fig. 5).

Comparaison à l’échelle d’un annulaire de main humaine (en haut) et du doigt intérieur de la main de Maria (en bas). MC : métacarpe – PP : phalange proximale – PI : phalange intermédiaire – PD : phalange distale P1...5 : phalanges 1 à 5

Figure 5 : comparaison à l’échelle d’un annulaire de main humaine (en haut) et du doigt intérieur de la main de Maria (en bas).
MC : métacarpe – PP : phalange proximale – PI : phalange intermédiaire – PD : phalange distale
P1…5 : phalanges 1 à 5

Conclusion

La manipulation d’une main humaine telle que l’imagine ce paléontologue est impossible pour plusieurs raisons :

  • une main humaine comporte pour chaque doigt, trois phalanges associées à un métacarpe (à l’exception du pouce qui comporte deux phalanges associées à un métacarpe). La manipulation consistant à transformer un métacarpe en une phalange permettrait d’obtenir un doigt avec seulement quatre phalanges. Or, les doigts des mains de Maria comportent cinq phalanges (Fig, 6).

image issue du scanner montrant les 5 phalanges (P1 à P5) d’un doigt d’une main de Maria.

Figure 6 : image issue du scanner montrant les 5 phalanges (P1 à P5) d’un doigt d’une main de Maria.

  • les longueurs des phalanges et des métacarpes d’une main humaine sont régies par des proportions basées sur le nombre d’or. Or cette relation est inexistante pour les phalanges des doigts de Maria.

Les différents examens (clinique, radiographies et scanners) ont tous démontré l’impossibilité d’une supercherie et d’une manipulation. Il a en effet été constaté l’absence de coupure, suture, recouvrement de la peau et d’intervention microchirurgicale qui sont toujours visibles au scanner [5].

Si les falsificateurs possédaient une technologie dans le domaine de la microchirurgie, si avancée qu’elle puisse échapper à des scanners, il faudrait que la supercherie soit récente et réalisée avec des techniques qui n’existent pas en l’état actuel de notre niveau de développement technologique. De telles possibilités techniques semblent impossibles selon les experts en imagerie médicale. Si malgré tout une telle technologie existait, elle ne serait pas à portée de simples pilleurs de trésors.

D’autre part, si une telle manipulation était ancienne, rappelons que les datations au C14 indiquent que Maria est âgée de 1 750 ans (+ ou – 30 années), cela impliquerait des technologies supérieures à celles de notre époque. Technologies qui auraient alors existé au troisième siècle de notre ère…

Certains vont objecter que les scanners ne sont pas assez précis pour détecter des manipulations. Nous les renverrons à l’avis de la biologiste mexicaine [5], Sary Martinez qui en avril 2018 dans une intervention publique avec Thierry Jamin rappelait que « les scanners utilisés par le docteur Raymundo Salas Alfaro, à Cusco, sont utilisés pour soigner des humains. Nous ne pouvons croire que des scanners de mauvaise qualité seraient employés pour établir des diagnostics mettant en jeu la santé humaine ? » La thèse des scanners imprécis ne tient pas.

Il est très surprenant que ce paléontologue basé à Lima, au Pérou, n’ait pas eu l’idée de contacter l’Instituto Inkari Cusco afin d’accéder aux corps in vivo. Cela lui aurait permis de rédiger un article beaucoup plus sérieux… Et d’éviter de se faire corriger comme un étudiant de première année… Rappelons-nous que la science ne s’encombre pas longtemps des experts qui déguisent avec suffisance leurs croyances en vérités sans procéder à la moindre des recherches.

Les observations cliniques faites par les scientifiques qui ont effectivement étudié le corps de Maria confirment que la trace de manipulations est inexistante. En conséquence, ils concluent que ces mains sont bien de nature tridactyle et comportent des doigts possédant cinq phalanges et ne sont pas non plus les symptômes de maladies congénitales.

Références

  1. SALAS-GISMONDI R. : Momia de Nasca, parte 2: Análisis de las manos y pies. http://www.cientificos.pe/index.php/2017/06/28/momia-de-nasca-parte-2-analisis-manos-y-pies/
  2. DEMERS P. : Suite et rapports de Fibonacci dans les os des mains et des pieds des Primates. http://lisulf.quebec/FiboGoHo1879quater.htm
  3. DEMERS P. : Suite de Fibonacci chez quelques vertébrés pentadactyles : Humain, Gorille, Orang-Outang, Chimpanzé, Bonobo, Loris grêle. http://lisulf.quebec/00FiboPentaquinte%20.htm
  4. DUMONTIER C. : ;https://fr.scribd.com/document/342954616/anatomie-biome-canique-doigts-longs
  5. MARTINEZ S. : Entrevista con el Sr Thierry Jamin (Momias Nazca) 19/04/2018. https://www.youtube.com/watch?v=7Za_Wmwf1Y8 de 17mn 44s à 22mn 26s

Traduction de l’extrait :
Thierry Jamin (Instituto Inkari Cusco – Pérou)
Des détracteurs disent :  » Oui mais le scanner du Dr. Salas Alfaro n’est pas très précis ».
C’est un scanner qu’il utilise tous les jours pour diagnostiquer des maladies chez l’être humain et il se doit d’être précis pour détecter des anomalies, montrer les maladies ou n’importe quel autre problème que pourraient avoir les humains. Sinon il ne serait pas utilisé par le Dr. Raymundo Alfaro. Si on ne peut pas détecter avec ce type de scanner ça voudrait dire que celui qui aurait monter cette fraude aurait utilisé une super chirurgie qu’on ne pourrait pas détecter avec ce scanner mais seulement avec une machine beaucoup plus précise… ça voudrait dire de la microchirurgie etc.… et ça c’est pas à la portée de Mario ou de ses amis. On parlerait d’une organisation… ce n’est pas raisonnable… Je ne sais pas ce qu’en pense Sary?
Sary Martinez Biologiste (Mexique)
Bien, je suis d’accord avec vous, parce que si je me mets à penser que le Dr. Raymundo Salas utilise cet appareil pour faire des diagnostics alors qu’est-ce qui se passe avec les patients si ce n’est pas précis ? Il ne serait plus en activité depuis longtemps (rires). Je suis d’accord avec toi pour une bonne raison car moi aussi j’ai fait mes projets d’investigation il y a quelques années sur la microchirurgie et je sais ce que ça implique de faire ça. Les coupures sont là, il y en a qui diront non mais il y a des technologies pour suturer et ça ne se voient pas… SI ça se voit ! (affirme-t-elle). Au scanner ces sutures se voient, même si c’était fait avec une substance chimique elles se voient. La peau ne se raccorde pas parfaitement après avoir été tranchée, même si c’est de la microchirurgie. (elle montre avec les mains que les deux bords opposés de la plaie ne peuvent pas se joindre parfaitement). Et le « recouvrement » de la peau, comment ont-ils pu faire ça alors ? Il n’y a aucune marque, c’est comme un revêtement, ils ont recouvert entièrement le corps comme avec un gant, c’est ça ? Ça ne peut pas s’expliquer. Sur la base des photos, Thierry, ils ne peuvent pas affirmer ça, il faudrait être expert en proportions etc pour les reproduire avec une telle perfection. On ne peut pas juger sur une photo de radio, elle perd de sa qualité par rapport au scanner, c’est pas la même chose. Ils peuvent dire ce qu’ils veulent, en plus ils n’ont pas le programme pour lire les CD des scanners en 3D c’est pas la même chose qu’une photo sur une vidéo. Je suis d’accord avec vous, je reste ouverte à toutes les possibilités jusqu’à ce qu’il y ait les résultats complets, je suis aussi 50/50 mais les examens, les résultats sont ici (les scanners) surtout pour Maria. Pour les « gris » il manque cette partie (des résultats) de la peau qui a soulevé tant de polémiques et qui aiderait à avoir un résultat plus réel au lieu de spéculer… c’est mon opinion. Mais les preuves vous les avez, personne mieux que vous qui avez les analyses réelles peut tirer des conclusions, mais il faut que ce soit des professionnels qui les analysent, on ne peut pas avoir les mêmes compétences que des spécialistes. On peut avoir des connaissances mais pas autant qu’eux.
Thierry
Tout à fait d’accord avec toi Dr. Biologiste
Sary
Non, non, Sary…

Alain Bonnet – Merci à Marie-France Henry – Corrections, relecture : Michel Ribardière.
Images : Adobe Stock – Instituto Inkari Cusco.

© Instituto Inkari Cusco – 05/2018

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